Face à l’essoufflement démocratique, réformer les institutions
La démocratie française montre des signes d’essoufflement qui ne relèvent plus d’une simple défiance conjoncturelle. La participation électorale recule, la confiance dans les institutions décroche, les mouvements protestataires se multiplient et les votes populistes progressent. En outre, les citoyens soutenant des partis différents éprouvent une animosité croissante les uns envers les autres. Ces évolutions entravent le fonctionnement de la démocratie et sa capacité à produire des politiques publiques légitimes.
La crise démocratique actuelle comporte aussi une dimension économique. La défiance institutionnelle réduit le consentement à l’impôt et complique les arbitrages collectifs, alors même que la France doit financer une augmentation des dépenses de défense, la transition écologique et l’innovation, tout en faisant face à un endettement élevé. À moyen terme, l’affaiblissement démocratique accroît le risque d’une dérive autoritaire ou populiste, dont l’histoire a montré les coûts considérables.
Pour autant, les citoyens ne se désintéressent pas de la chose publique. Les nouvelles générations votent moins souvent mais expriment davantage leurs préférences par des pétitions ou des manifestations. Une culture politique déférente, dans laquelle le vote était conçu comme un devoir, a progressivement cédé la place à une culture plus critique, où les citoyens demandent à être associés aux décisions.
Les réformes institutionnelles que nous proposons, toutes compatibles avec la Constitution de la Ve République, visent à inverser ces tendances, même si elles ne peuvent constituer la seule réponse. En premier lieu, il convient de réduire le coût du vote. L’inscription automatique sur les listes électorales permettrait de corriger une anomalie française, qui laisse de nombreux citoyens « non inscrits » ou « mal inscrits ». L’alignement des élections locales limiterait la fatigue électorale et renforcerait la participation.
La démocratie doit aussi redevenir attractive pour ses représentants. Les violences envers les élus, leurs diffi cultés à concilier mandat et carrière professionnelle et l’affaiblissement des ressources qui leur sont consacrées détournent de la fonction élective. Il importe d’évaluer la réforme récente du statut de l’élu local, d’en étendre les dispositifs efficaces aux parlementaires, de revaloriser leurs indemnités et de renforcer les moyens dont ils dis posent.
Enfin, la crise de représentativité impose d’agir sur les règles du jeu politique. L’élection d’une partie des députés à la proportionnelle ouverte, dans des circonscriptions de petite taille, permettrait de mieux traduire les préférences des électeurs en sièges, tout en évitant l’éclatement du Parlement et en préservant l’ancrage territorial des élus. Cette réforme gagnerait à être complétée par un meil leur usage de la démocratie participative : conventions citoyennes associant les élus, initiative partagée entre dif férentes institutions, et suivi plus systématique de leurs conclusions.




