Our euro, your solution. Comment renforcer le rôle international de l’euro

La célèbre citation du secrétaire au Trésor américain John Connally au début des années 1970, «Our dollar, your problem»*, est plus que jamais d’actualité. Le système monétaire mondial entre cependant dans une phase de recomposition, marquée par une fragmentation géopolitique accrue, des incertitudes sur le leadership économique américain et des reconfigurations des chaînes de valeur mondiales. Ces dynamiques rappellent le Kindleberger gap, situation dans laquelle la puissance dominante n’est plus en mesure, ou ne souhaite plus, fournir les biens publics mondiaux nécessaires à l’exercice d’un leadership monétaire effectif. Dans ce contexte, une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour l’euro, aujourd’hui la deuxième devise la plus utilisée au monde.

Malgré le poids commercial et financier de l’Union européenne, l’euro demeure un «second fort», encore nettement distancé par le dollar dans les systèmes de paiement mondiaux, la facturation des matières premières, les marchés de collatéral et les réseaux de liquidité offshore. Ce retard reflète notamment la fragmentation des marchés de dette souveraine, l’inachèvement de l’union bancaire et de l’union des marchés de capitaux, et l’insuffisance de l’offre d’actifs sûrs en euro (obligations souveraines nationales et européennes).

Si l’euro, dans sa configuration institutionnelle actuelle, n’est pas en mesure de supplanter le dollar comme principale monnaie mondiale, il peut néanmoins étendre significativement son empreinte et s’imposer comme une alternative crédible sur des segments de marché clés. Un renforcement de son rôle international pourrait procurer à l’Union européenne des avantages économiques et géopolitiques significatifs : des coûts de financement plus faibles, une moindre dépendance vis-à-vis du dollar et une influence accrue dans l’économie mondiale.

L’internationalisation ne se produira pas spontanément : pour tirer parti de l’ouverture actuelle, l’UE doit engager un programme de réformes ciblé et de forte ampleur, capable de lever les contraintes structurelles persistantes. Les auteurs recommandent d’abord d’augmenter l’émission d’actifs sûrs européens, notamment des obligations européennes finançant des biens publics communs, et d’intégrer davantage ces titres dans les marchés financiers mondiaux. Ils proposent aussi de développer le marché des capitaux en euros, en soutenant les obligations d’entreprises, en renforçant la supervision financière européenne et en favorisant les investissements dans des entreprises innovantes. La Note suggère en outre de renforcer les infrastructures financières, en élargissant les lignes de swap entre la BCE et les autres banques centrales, et en encourageant l’usage de l’euro dans le commerce et les chaînes d’approvisionnement. Enfin, elle recommande d’adapter le cadre réglementaire afin de soutenir l’innovation dans les paiements numériques, via les stablecoins en euros et le développement d’un écosystème fondé sur des monnaies numériques de banque centrale émises par la BCE, dont l’euro numérique.

*Rogoff K. (2025) : Our Dollar, Your Problem, Yale University Press.

Our euro, your solution. How to strengthen the international role of the euro

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