Notes #90

Mesurer l’efficacité de l’assurance chômage

Depuis le début des années 2000, le système d’assurance chômage a été sans cesse modifié, tout en continuant à s’endetter. Si la dette cumulée demeure importante, les réformes de 2019–2023 ont assaini la situation au prix d’une baisse notable de la générosité du système. Désormais, la France ne se montre pas plus généreuse que ses voisins sur les paramètres clé du système (montant, durée, conditions d’accès). 


Cette Note propose un cadre d’analyse nouveau permet tant de comparer de manière cohérente les réformes possibles. Elle s’appuie sur un indice d’efficacité de la dépense publique (EDP) qui rapporte la valeur de l’assurance pour les allocataires au rendement budgétaire net des réformes, en tenant compte à la fois de leurs effets sur les finances publiques, sur l’emploi et sur les autres prestations sociales.

Les modifications de l’assurance chômage ont en effet des conséquences multiples : elles influencent les durées de chômage et les entrées au chômage en changeant les comportements des demandeurs d’emploi et des entre prises ; elles peuvent également modifier le recours à d’autres prestations, comme le revenu de solidarité active. Ces effets doivent être pris en compte pour raisonner en termes de rendement budgétaire net. Dans cette optique, les réformes visant des économies provenant majoritaire ment d’effets comportementaux, conduisant à une hausse de l’emploi, apparaissent plus efficaces.

D’autre part, les différentes réformes affectent des publics distincts, en termes d’âge, de salaire antérieur ou de situation familiale, pour lesquels la valeur de l’assurance chômage diffère. Cette valeur peut être mesurée à partir des chutes de consommation observées dans des données bancaires. Il en découle que les réformes réduisant l’assurance pour les publics les plus précaires, qui subissent les plus fortes baisses de consommation en cas de perte d’emploi, doivent être appréciées avec une attention particulière.

La Note applique ce cadre d’analyse aux principales dimensions de l’assurance chômage — durée d’indemnisation, montant des allocations, conditions d’éligibilité et filière seniors — et en tire plusieurs enseignements. Le durcisse ment des conditions d’éligibilité (par exemple, passer de 6 à 8 mois d’affiliation) semble peu indiqué : il génère principalement des économies mécaniques, avec des effets comportementaux limités, tout en affectant surtout des publics modestes. À l’inverse, la suppression de la marche intermédiaire de la filière seniors, qui permet aux 55–57 ans de bénéficier d’une durée d’indemnisation plus longue que les moins de 55 ans, semble justifiée : elle réduirait sensible ment les entrées au chômage, tandis que la perte d’assurance pour les publics concernés apparaît plus limitée, probablement en raison d’une épargne plus élevée.

Les codes ayant servi à ces calculs sont mis en accès libre, dans l’objectif de contribuer à la construction d’un cadre partagé — et perfectible — pour l’analyse des réformes futures de l’assurance chômage.

Télécharger la publication Télécharger les slides