Mesurer l'efficacité de l'assurance chômage | communiqué de presse
Depuis vingt ans, les réformes de l’assurance chômage
se succèdent, sans cadre d’ensemble cohérent. Toutes les économies ne se valent
pourtant pas : certaines dégradent la protection des plus précaires sans
améliorer significativement l’emploi ; d’autres au contraire parviennent à
réduire réellement le chômage.
Dans cette nouvelle note du CAE, François Fontaine,
Roland Rathelot et Alexandra Roulet proposent un cadre d’analyse inédit
comparant les réformes selon leur efficacité sociale et budgétaire. Leur
approche tient compte des effets des réformes sur l’emploi, les finances
publiques mais aussi sur le niveau de vie des bénéficiaires : l’assurance
chômage a en effet une « valeur » pour les ménages en limitant leur
baisse de consommation en cas de perte d’emploi.
Durcir les conditions d’éligibilité apparaît dès lors peu
efficace : les économies budgétaires réalisées se font au détriment de publics
modestes, avec des effets limités sur l’emploi. À l’inverse, la suppression des
conditions plus favorables accordées aux 55-57 ans (« marche intermédiaire
senior ») apparaît plus pertinente : elle réduirait les entrées au
chômage, et concerne un public plus apte à maintenir ses dépenses de
consommation en cas de perte d’emploi.
De nombreuses réformes sans cadre d’ensemble cohérent
Les règles de l’assurance chômage ont connu de nombreuses
réformes, qui ont récemment réduit la générosité du système, sans régler le
niveau élevé d’endettement.
Constats 1 & 2 :
Jusqu’en 2019, les recettes de l’assurance chômage étaient inférieures aux
dépenses d’environ 2 Md€ par an, quelle que soit la conjoncture. À la suite des
réformes de 2021 et 2023, les recettes couvrent les dépenses, mais une dette de
60 Md€ demeure. Par ailleurs, notre système d’assurance chômage s’est largement
normalisé par rapport à nos voisins, hormis sur le plafond des indemnités.
Penser les réformes de l’assurance chômage avec
l’indice d’efficacité de la dépense publique
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés pour réformer l’assurance
chômage : conditions d’éligibilité, montants, durée d’indemnisation,
filière senior… Cette note propose un cadre d’analyse unifié pour comparer ces différents
leviers, en s’appuyant sur de nombreuses études empiriques issues des réformes
passées.
Cette approche ne se limite pas aux seuls effets budgétaires : elle
intègre les effets des réformes sur l’emploi et sur le recours aux autres
prestations sociales (c’est-à-dire « les effets comportementaux »), mais
aussi la valeur de l’assurance chômage pour les ménages, c’est-à-dire sa
capacité à amortir la baisse de revenu et de consommation en cas de perte
d’emploi.
Constats 3 & 4. Les évaluations
menées en amont des réformes se concentrent souvent uniquement sur les effets
budgétaires mécaniques, sans intégrer les effets comportementaux qui peuvent sensiblement
modifier le coût budgétaire net des réformes. Elles ne prennent pas non plus en
compte sa valeur assurantielle pour les allocataires, pourtant au cœur de cette
assurance sociale. Cette valeur varie fortement selon les publics, notamment
selon leurs ressources et leur capacité d’épargne. La négliger peut conduire à n’apprécier
que partiellement l’intérêt des réformes envisagées.
Améliorer l’efficience du système d’assurance
chômage
La méthode employée conduit à distinguer les effets des différents
leviers de réforme. Elle devrait être mobilisée de manière plus systématique
pour éclairer l’évaluation des réformes de l’assurance chômage. Elle fait ainsi
apparaître que le durcissement des conditions d’éligibilité (en passant, par
exemple, de 6 à 8 mois d’affiliation) apparaît peu efficace : il génère des
économies budgétaires, mais touche des publics modestes pour lesquels la valeur
de l’assurance est élevée. À l’inverse, la suppression de la « marche
intermédiaire senior », qui permet aux 55–57 ans de bénéficier d’une durée
d’indemnisation plus longue que les moins de 55 ans, apparaît plus pertinente : elle réduirait les entrées au
chômage, pour un public plus apte à maintenir ses dépenses de consommation en
cas de perte d’emploi.
Recommandations
1 & 2. Développer un cadre commun d’évaluation des réformes,
partagé entre les administrations et l’Unédic, intégrant les effets
comportementaux. Prendre en compte la valeur de l’assurance chômage selon les
catégories de ménages, en mobilisant la méthodologie d’efficacité de la dépense
publique, afin de produire régulièrement des simulations de réformes, en explicitant
les hypothèses sous-jacentes.
Recommandations
3 à 4. En cas de réforme visant à
diminuer la générosité du système, il ne faut pas durcir les conditions
d’éligibilité : les effets comportementaux sont négligeables au regard du
coût pour les personnes affectées, souvent précaires. La suppression de la « marche
intermédiaire de la filière senior » apparaît quant à elle pertinente.




