Our euro, your solution. Comment renforcer le rôle international de l’euro | Communiqué de presse
Dans un contexte de fragmentation géopolitique et d’incertitudes croissantes sur le leadership économique américain, le système monétaire international entre dans une phase de recomposition. Dans cette nouvelle Note du CAE, Hélène Rey et Ludovic Subran analysent les conditions d’un renforcement du rôle international de l’euro.
Malgré son poids économique, l’euro reste en retrait par rapport au dollar. Les auteurs proposent un ensemble de réformes pour renforcer son rôle international : accroître l’émission d’actifs sûrs européens, approfondir les marchés de capitaux, renforcer les filets de sécurité en liquidité, promouvoir l’usage de l’euro dans le commerce international et adapter le cadre européen à la montée de la finance numérique.
Une stratégie cohérente pourrait permettre à l’euro de s’imposer comme une alternative crédible sur certains segments clés et générer des gains économiques et géopolitiques significatifs pour l’Union européenne.
Une fenêtre d’opportunité inédite pour l’euro
Le système monétaire international reste dominé par les États-Unis, mais leur capacité à fournir des biens publics mondiaux est de plus en plus incertaine.
Constat 1. Les attaques contre les institutions américaines et l’ampleur du déficit budgétaire américain ouvrent une fenêtre d’opportunité. Si l’UE renforce son infrastructure financière et adopte une stratégie de croissance cohérente, l’euro peut capter une part des réallocations en cours dans les réserves internationales.
Le renforcement du rôle international de l’euro procurerait des bénéfices économiques tangibles et renforcerait la résilience macroéconomique ainsi que l’autonomie stratégique de l’Europe.
Constat 2. Ce renforcement permettrait de réduire les coûts de financement des États et des entreprises, de diminuer la dépendance de l’Europe à l’égard des États-Unis et de leurs technologies, et d’accroître son influence géopolitique.
Malgré la montée de l’incertitude géopolitique et l’érosion relative de la crédibilité internationale des États-Unis, les investisseurs internationaux n’ont pas abandonné les actifs américains.
Constat 3. Ces investisseurs couvrent de plus en plus leur risque de change en dollars. L’euro ne pourra devenir une alternative crédible qu’en surmontant la fragmentation des marchés, en créant une liquidité plus profonde et en s’appuyant sur une stratégie de croissance.
Renforcer l’architecture financière européenne
Le principal levier d’internationalisation réside dans le développement d’un marché d’actifs sûrs en euros plus profond, liquide et homogène.
Recommandations 1 & 2. Accroître le stock d’actifs sûrs en euros, afin de financer des biens publics européens et des actifs communs, et renforcer ainsi l’autonomie stratégique de l’UE. Promouvoir l’inclusion des obligations de l’UE dans les principaux indices obligataires internationaux. Encourager l’utilisation du « 28e régime » auprès des entreprises européennes et étrangères afin de soutenir le marché des obligations d’entreprises en euros. Renforcer le rôle de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) en tant qu’autorité de supervision centralisée et favoriser l’investissement de capitaux « patients » dans des actifs risqués.
Au-delà des marchés financiers, l’internationalisation repose sur la capacité à fournir de la liquidité en euros aux partenaires.
Recommandation 3. Favoriser l’internationalisation de l’euro en étendant les lignes de swap de la BCE avec les banques centrales hors zone euro. La consolidation des infrastructures de compensation et de règlement doit devenir un enjeu stratégique.
« Euroïser » les chaînes de valeur européennes
L’usage de l’euro dans les échanges internationaux reste limité, malgré le poids de l’UE dans le commerce mondial. Renforcer la place de l’euro dans les chaînes de valeur constitue donc un levier complémentaire essentiel pour soutenir son internationalisation.
Recommandations 4 & 5. Conditionner l’accès aux mécanismes européens de relance et d’investissement de la Commission européenne (SAFE, NGEU) à l’utilisation de l’euro pour la facturation au sein des chaînes d’approvisionnement. Intégrer une clause soutenant la facturation en euros dans les prochains accords commerciaux et inciter les entreprises européennes à facturer davantage en euros les matières premières et les intrants.
Cryptoactifs et stablecoins : projeter l’euro dans l’avenir
L’essor rapide des innovations numériques transforme en profondeur les infrastructures monétaires et de paiement. Structurer un écosystème numérique en euros constitue donc un enjeu stratégique pour préserver la souveraineté monétaire européenne et renforcer le rôle international de l’euro.
Recommandations 6, 7 & 8. Continuer d’explorer le développement de stablecoins en euros et adapter le règlement MiCA en faveur de l’innovation tout en renforçant la transparence. Accélérer le développement de l’euro numérique de la BCE via davantage d’interopérabilité entre les instruments (monnaie numérique de banque centrale de gros, dépôts tokénisés et solutions de paiements numériques hors zone euro) et une augmentation des émissions d’actifs sûrs de court terme. Soutenir la recherche fondamentale ainsi que le déploiement de la cryptographie post-quantique afin de devancer les architectures numériques existantes.





