Comment lutter contre le décrochage de la productivité ?

La productivité joue un rôle essentiel dans l’évolution du PIB par habitant et dans notre capacité à investir pour préparer l’avenir. Or, les dynamiques de productivité se dégradent en France depuis une trentaine d’années. Entre 1995 et 2025, la productivité du travail a progressé de 0,8 % par an en France (1,1 % dans la zone euro), contre 1,7 % aux États-Unis. Cette différence explique l’intégralité des divergences de trajectoire de PIB par habitant entre la France et les États-Unis sur cette période.

Quels secteurs expliquent la dégradation de la productivité en France par rapport à d’autres pays. Nous estimons que 86 % du décrochage de la productivité se concentre dans les secteurs liés aux technologies du numérique : principalement les secteurs utilisateurs, où se joue leur diffusion (64 %), ainsi que les secteurs producteurs de ces technologies (22 %). Le retard d’investissement numérique contribue de moins en moins à cet écart : l’enjeu réside désormais davantage dans la capacité des entre prises à convertir les technologies numériques en gains de productivité, notamment grâce aux compétences des salariés et aux transformations organisationnelles.

Pour la décennie qui vient, la diffusion de l’IA générative constitue à la fois une opportunité pour relancer la productivité et un nouveau risque de décrochage pour la France. Les entreprises françaises se situent légèrement en dessous de la moyenne européenne en termes d’adoption de l’IA, mais loin derrière les entreprises des pays scandinaves. Les freins à l’adoption (enjeux de souveraineté des technologies, manque de connaissances et de compétences, incertitude sur l’évolution des technologies) justifient de repenser l’ampleur du soutien public.

Contrairement à d’autres pays, la politique d’aide à l’adoption en France n’est pas pilotée par un chef de file et n’est pas distinguée de la politique de soutien à la production d’innovations. Nous recommandons de développer les aides à l’adoption de l’IA en privilégiant des outils ciblés, temporaires et cohérents avec la politique de soutien à l’innovation, en portant l’effort annuel à 0,02 % du PIB (environ 600 M€), soit celui observé à Singapour, pays particulièrement avancé en matière d’adoption. Relancer la productivité suppose aussi de renforcer les dispositifs qui accompagnent les entreprises innovantes, comme les Programmes d’investissement d’avenir (PIA) et France 2030, dont nous proposons une analyse économétrique inédite. Cette dernière permet de quantifier les retours socio-économiques des aides, en comparant les trajectoires des entreprises lauréates et des entreprises candidates mais non-lauréates.

Les appels à projets gérés par Bpifrance dans le cadre des PIA et de France 2030 produisent des effets significatifs sur l’emploi, l’activité, l’investissement, la R&D et la concrétisation technique des projets retenus. Au bout de trois ans, le surcroît cumulé de prélèvements obligatoires versés par les entreprises lauréates dépasse même nettement l’aide versée. Nous recommandons donc de renforcer ce type d’appels à projets au sein d’un nouveau programme France 2040.

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